« il est mort »
Etendu sur le sol délavé par les tristes pluies ...
Etendu sur ce sol qui t’as séparé de ta vie…
« mademoiselle ? »
Tu ne respires plus...
Mais je m'acharne encore...
Ils sont tous autour réunis de ton corps...
Me tirant loin de toi pour laisser les hommes au service de la MÖRT...
T'arracher de mes mains ensanglantées...
Parce que sur ton visage je les aient posées…
« il est mort, venez, nous allons vous aider, mademoiselle, vous entendez ce que je vous dis ? »
Je sens déjà autour de mon cou les griffes de la culpabilité…
Pourquoi quelques minutes en retard suis-je donc arrivée...
Pourquoi a-t- il fallu que tu gravisses ces escaliers...
Entouré de ta chère et tendre solitude désenchantée...
Celle dont tu me parlais comme de la seule amie qui ne voulait pas te voir noyé…
Elle qui te susurrait à l'oreille telle une déesse désespérée...
Que seul le sol allait désormais t'attirer...
« laissez nous passer, laissez nous passer ! »
Pourquoi ses mots à elles eurent-ils plus d’effet ?
Mes larmes brouillent ton visage dont les traits ne me rappellent plus celui que je connaissais , mélange de larmes et de sang, de salé et sucré, chagrin et colère, blessée, brisée, cassée, on ne pourra plus me réparer...
"elle est en état de choc, amenez là dans l’ambulance »
Tu ne m’entendais plus, elle était devenue ta muse à jamais…
La solitude maligne… ta vie elle dominait…. ton cœur elle emprisonnait… ton âme elle écorchait… de ton sang elle s’abreuvait… de ta vie elle s’emparait… je la hais…
"il faut nous laisser faire maintenant, nous ne pourrez pas le sauver, il est mort"
Blessure éternelle qui ne veut pas cicatriser...
Dont les parois s'irritent même lorsqu’on est aidé...
Se meurtrissent dans l'antre d'un temps sournois...
Elle a volé ton âme en te poussant de la paroi…
A quoi pensais-tu sur le fil du rasoir ?
Au mal que tu me ferais ou à ton bonheur illusoire ?
Avais-tu notion de la vie ou était-ce le trou noir ?
Tu ne m’as même pas laissé une chance pour te faire goûter l’Espoir…
( je ne partirai pas, je ne le laisserai pas tout seul, je suis responsable )
J'ai tenu ta main...
Pour que tu ne sombres pas ...
Mais ta douleur était figée dans l'effroi...
Et tes plaies qui ne cicatrisent pas....
Pouvais-tu seulement m’entendre ?
Me voir ?
Je criais dans la nuit …
Mais tu ne m’entendais pas …
Tu ne m’entendais plus…
Mes mots n’étaient-ils qu’un silence de glace ?
Un murmure invisible ?
Un chuchotement sans parole ?
( l’un d’eux vient de m’attraper et me tire vers les véhicules du SAMU, la lumière vive bleue, rouge, me brûle les yeux, je ne te vois plus, ils m’endorment pour que j’oublie, ils croient que je vais les laisser t’emporter )
Se débattre. Lutter. Crier.
Lutter contre la substance de leur seringue empoisonnée….
Ne pas s’endormir…
Ne pas fermer les yeux…
Ou suis-je…
Qu’est-ce qui se passe…
Ou est-ce qu’ils t’emportent…
Pourquoi est-ce qu’ils n’essayent pas de te sauver…
Pourquoi ne nous laissent-ils pas ensemble…
Je ne sais pas…
Je ne sais plus…
Ils essayent de les laver…
Mes mains tâchées de ton sang…
Mais c’est la dernière chose que tu m’as laissé…
Et je ne peux même pas les en empêcher…
« faites en sorte qu’elle se calme, ramenez là »
Tu me lègue tes blessures …
Ces blessures jamais cicatrisées…
Vais désormais devoir les porter…
Sur mon corps les afficher…
Jusqu’à mon tour je suive ton même chemin….
Et qu’en haut de la tour je glisse vers notre même destin…
Et à nouveau te reprendre la main